top of page

Acupuncture et rhumatologie : quelle place dans la prise en charge des douleurs chroniques ?

  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture

Le 9 juin 2026, le Quai de l’Innovation d’Amiens a accueilli une conférence consacrée aux liens entre acupuncture et rhumatologie. Organisée avec le soutien du Professeur Vincent Goeb, chef du service de rhumatologie du CHU Amiens-Picardie, cette rencontre a permis d’aborder une question de plus en plus présente dans la pratique clinique : quelle place peut occuper l’acupuncture dans la prise en charge des douleurs chroniques et des maladies rhumatismales ?

Loin des idées reçues et des approches simplistes, cette conférence a mis en lumière une vision intégrative de l’acupuncture médicale, fondée sur l’expérience clinique, l’amélioration de la qualité de vie des patients et la complémentarité avec les traitements conventionnels.


Le docteur Tâm NHAN lors de la conférence Acupuncture en rhumatologie au CHU d’Amiens le 9 juin 2026
Le docteur Tâm NHAN lors de la conférence Acupuncture en rhumatologie au CHU d’Amiens le 9 juin 2026

La douleur chronique : un défi majeur en rhumatologie

La rhumatologie moderne dispose aujourd’hui d’outils thérapeutiques particulièrement performants. Anti-inflammatoires, traitements ciblés, biothérapies et protocoles de rééducation permettent d’obtenir des résultats remarquables sur l’évolution de nombreuses maladies inflammatoires et dégénératives.

Pourtant, malgré ces avancées, un constat demeure : de nombreux patients continuent à souffrir.

Douleurs persistantes, fatigue chronique, troubles du sommeil, limitation fonctionnelle, perte de mobilité ou encore baisse de moral peuvent persister alors même que les marqueurs biologiques sont contrôlés et que les traitements sont correctement prescrits.

Cette situation peut conduire à une forme d’épuisement thérapeutique. Certains patients expriment un sentiment d’impasse, parfois accompagné d’une diminution de l’adhésion aux soins ou d’une perte de confiance dans leur capacité à retrouver une vie active.

C’est précisément dans cet espace que l’acupuncture médicale peut trouver sa place.


Acupuncture au CHU d’Amiens : une intégration progressive dans le parcours de soins en rhumatologie

Depuis octobre 2025, une consultation d’acupuncture est proposée au sein du service de rhumatologie du CHU d’Amiens.

L’objectif n’est pas de remplacer les traitements rhumatologiques conventionnels, mais de compléter leur action en agissant sur certains symptômes particulièrement invalidants.

Les patients adressés présentent principalement :

  • des cervicalgies chroniques ;

  • des lombalgies persistantes ;

  • des sciatiques ;

  • des névralgies cervico-brachiales ;

  • des douleurs de la ceinture scapulaire ou pelvienne ;

  • des fibromyalgies ;

  • des spondyloarthrites ;

  • des douleurs neuropathiques ;

  • une fatigue chronique ou des troubles du sommeil associés.

Au-delà de la simple diminution de la douleur, l’objectif thérapeutique est clairement défini : permettre au patient de retrouver du mouvement.

En effet, la réduction des symptômes n’a de sens que si elle s’accompagne d’une reprise progressive de l’activité physique, d’une amélioration de l’autonomie et d’un retour aux activités de la vie quotidienne.

Cette philosophie rejoint les recommandations actuelles de prise en charge des douleurs chroniques, qui placent le maintien de l’activité physique au cœur de la stratégie thérapeutique.

Le docteur Tâm NHAN, acupuncteur et médecin généraliste et le Professeur Vincent GOEB, chef du service de rhumatologie du CHU d'Amiens. 
Le docteur Tâm NHAN, acupuncteur et médecin généraliste et le Professeur Vincent GOEB, chef du service de rhumatologie du CHU d'Amiens. 

Des résultats encourageants après plusieurs mois d’activité

Après neuf mois de fonctionnement, la consultation a permis la prise en charge de 99 patients.

Au-delà des chiffres, plusieurs indicateurs qualitatifs apparaissent particulièrement intéressants.

Les patients rapportent fréquemment :

  • une diminution de l’intensité douloureuse ;

  • une réduction de la fréquence des crises ;

  • un relâchement musculaire durable ;

  • une amélioration du sommeil ;

  • une meilleure récupération physique ;

  • une diminution de certaines consommations médicamenteuses symptomatiques ;

  • une reprise plus facile des activités quotidiennes.

Dans certains cas, les symptômes ne disparaissent pas complètement mais deviennent moins envahissants, permettant au patient de retrouver une marge de manœuvre dans sa vie quotidienne.

Cette nuance est essentielle. L’objectif n’est pas nécessairement de supprimer toute douleur, mais de réduire son impact fonctionnel.


Quand la qualité de vie devient un critère thérapeutique

L’un des enseignements majeurs de cette expérience concerne la place centrale de la qualité de vie.

De nombreux patients adressés en consultation évoquent des difficultés qui dépassent largement la seule douleur articulaire :

  • réveils nocturnes répétés ;

  • fatigue chronique ;

  • diminution de l’activité physique ;

  • perte d’autonomie ;

  • difficultés professionnelles ;

  • anxiété liée à la maladie ;

  • retentissement sur la vie familiale ou affective.

Ces dimensions sont parfois difficiles à objectiver par un bilan biologique ou une imagerie, mais elles influencent fortement le vécu de la maladie.

L’acupuncture offre alors un espace thérapeutique complémentaire permettant de prendre en compte ces aspects souvent sous-estimés.

Dans les témoignages recueillis au cours de l’activité, plusieurs patients décrivent une sensation de soulagement global, une meilleure mobilité ou encore une diminution des plaintes quotidiennes liées à leur maladie.


Préserver l’adhésion aux soins et prévenir les dérives

Un autre aspect particulièrement important concerne la relation thérapeutique.

Face à une maladie chronique, certains patients peuvent être tentés de s’éloigner progressivement du parcours médical conventionnel lorsqu’ils ne ressentent plus d’amélioration suffisante ou lorsqu’ils recherchent des réponses à des symptômes persistants.

L’intégration de l’acupuncture au sein même d’un service hospitalier permet au contraire de maintenir le patient dans un cadre médical sécurisé.

Parce que l’acupuncture est ici pratiquée par des médecins formés à la fois aux pathologies rhumatologiques et aux principes de l’acupuncture médicale, le discours reste cohérent avec les recommandations scientifiques et les traitements prescrits par les rhumatologues.

Le message est clair : l’acupuncture ne se substitue pas aux traitements de fond ni au suivi spécialisé. Elle constitue un outil complémentaire visant à améliorer le confort du patient et à renforcer son engagement dans le parcours de soins.


Une médecine intégrative centrée sur le patient

Cette expérience amiénoise illustre parfaitement l’évolution actuelle des pratiques médicales vers une approche plus intégrative.

La prise en charge ne se limite plus uniquement au contrôle biologique ou radiologique de la maladie. Elle s’intéresse également aux conséquences fonctionnelles, émotionnelles et sociales de celle-ci.

Dans cette perspective, l’acupuncture médicale apparaît comme un levier supplémentaire permettant d’agir sur plusieurs dimensions du vécu du patient :

  • douleur ;

  • sommeil ;

  • fatigue ;

  • stress ;

  • mobilité ;

  • qualité de vie.

L’enjeu n’est pas seulement de traiter une pathologie, mais d’aider le patient à retrouver une capacité d’action sur son propre corps.


👉 La vidéo complète de la conférence sur l’acupuncture en rhumatologie au CHU d’Amiens est disponible sur YouTube.


Conclusion

La conférence du Dr Tâm Nhan a permis d’illustrer concrètement la place que peut occuper l’acupuncture au sein d’un service moderne de rhumatologie.

Après plusieurs mois d’activité au CHU d’Amiens, l’expérience montre qu’une approche complémentaire centrée sur la douleur, la qualité de vie et l’autonomie peut répondre à des besoins parfois insuffisamment couverts par les traitements conventionnels seuls.

Sans se substituer à la rhumatologie moderne, l’acupuncture médicale participe à une prise en charge globale du patient, où l’objectif final reste inchangé : permettre à chacun de retrouver davantage de mobilité, d’autonomie et de qualité de vie malgré la maladie chronique.

 
 
bottom of page