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Acupuncture et oncologie : une nouvelle étude publiée dans Bulletin du Cancer éclaire l’expérience des patients

  • 16 avr.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 avr.

La place des thérapies complémentaires en oncologie suscite un intérêt croissant, tant du côté des patients que des professionnels de santé. Dans ce contexte, la publication récente d’une étude multicentrique dans la revue Bulletin du Cancer apporte un éclairage particulièrement pertinent sur l’expérience et l’accès à l’acupuncture chez les patients en cours de traitement anticancéreux.

À l’heure où les soins de support occupent une place essentielle dans les parcours de soins, cette étude s’inscrit pleinement dans une dynamique d’oncologie intégrative, visant à associer traitements conventionnels et approches complémentaires validées. Elle contribue ainsi à mieux comprendre les usages réels, les attentes des patients, mais aussi les limites actuelles en matière d’accès à ces pratiques.


Une étude multicentrique sur l’accès à l’acupuncture en oncologie

Un nouvel article scientifique publié dans la revue Bulletin du Cancer met en lumière la place de l’acupuncture dans la prise en charge des effets indésirables liés aux traitements anticancéreux.

Intitulée « Expérience et accès à l’acupuncture des patients sous traitement anticancéreux : une cohorte transversale multicentrique », cette étude est coordonnée par Fanny Adda et réunit plusieurs auteurs issus de centres d’oncologie français, dont le Dr Tâm Nhan.

L’objectif principal était d’évaluer :

  • le recours aux thérapies complémentaires,

  • l’expérience des patients vis-à-vis de l’acupuncture,

  • ainsi que les freins à son accès dans le parcours de soins en oncologie.

Affiche revue "Bulletin du cancer"
Bulletin du Cancer n°4, Avril 2026, Vol 113. Revue Officielle de la Société Française du Cancer

Une cohorte représentative de patients en traitement anticancéreux

L’étude repose sur une cohorte prospective de 192 patients suivis dans trois centres d’oncologie en France (Créteil, Bastia et La Garenne-Colombes).

Parmi les caractéristiques principales :

  • 59 % de femmes

  • Une majorité de cancers digestifs (46 %), mammaires (30 %) et urologiques (11 %)

  • 91 % des patients avaient reçu une chimiothérapie

Les effets indésirables rapportés reflètent la réalité clinique :

  • Asthénie : 69 %

  • Nausées / vomissements : 48 %

  • Neuropathies périphériques : 44 %

Ces données confirment l’importance des soins de support dans l’amélioration de la qualité de vie des patients en oncologie.


Un recours significatif aux thérapies complémentaires

Près de 46 % des patients déclarent avoir recours à des thérapies complémentaires pour gérer les effets secondaires des traitements.

Parmi celles-ci :

  • phytothérapie

  • homéopathie

  • méditation

  • yoga

  • hypnose

  • acupuncture

L’acupuncture concerne 18 % des patients interrogés, avec en moyenne 6 séances par patient.

Recours aux thérapies complémentaires en cours ou passé pour la gestion des effets indésirables des TAC
Recours aux thérapies complémentaires en cours ou passé pour la gestion des effets indésirables des TAC

Quels bénéfices perçus de l’acupuncture ?

Chez les patients ayant eu recours à l’acupuncture, les résultats rapportés apparaissent globalement encourageants sur le plan clinique. Une proportion notable de patients décrit une amélioration de plusieurs symptômes fréquents liés aux traitements anticancéreux :

  • 21 % rapportent une amélioration des nausées/vomissements

  • 21 % une diminution des neuropathies périphériques

  • 21 % une réduction de l’asthénie

  • 25 % une amélioration globale de la qualité de vie

Si tous les patients ne perçoivent pas de bénéfice immédiat, ces résultats reflètent la variabilité interindividuelle classique observée en médecine et confirment la nécessité de poursuivre les travaux afin de mieux identifier les profils de patients les plus répondeurs.


Un accès encore limité : les principaux freins identifiés

L’un des apports majeurs de cette étude concerne l’analyse des obstacles à l’accès à l’acupuncture.

Parmi les patients n’ayant jamais essayé cette approche (82 %) :

  • 51 % évoquent une méconnaissance des bénéfices

  • 10 % des difficultés à trouver un praticien

  • 7 % des contraintes financières

  • 5 % des doutes sur l’efficacité

Ces résultats mettent en évidence un enjeu central : l’information des patients et des professionnels de santé.

Obstacles d’accès à l’acupuncture rapportés par les 114 patients n’ayant jamais pratiqué la technique
Obstacles d’accès à l’acupuncture rapportés par les 114 patients n’ayant jamais pratiqué la technique

L’acupuncture dans l’oncologie intégrative : un cadre en évolution

L’étude s’inscrit dans le développement de l’oncologie intégrative, qui vise à associer traitements conventionnels et thérapies complémentaires validées.

Des sociétés savantes internationales comme l’ASCO (American Society of Clinical Oncology) et la SIO (Society for Integrative Oncology) recommandent désormais l’acupuncture dans certaines indications, notamment :

  • la douleur liée au cancer

  • les douleurs articulaires sous hormonothérapie

  • l’anxiété

Sur le plan physiologique, les effets de l’acupuncture reposent sur :

  • la modulation des voies nociceptives

  • des mécanismes anti-inflammatoires

  • une régulation neurovégétative


Le rôle clé des médecins dans l’orientation des patients

L’étude montre également que, lorsque l’acupuncture est proposée, elle est majoritairement prescrite par les oncologues eux-mêmes (68 %).

Ce point est essentiel :l’intégration de l’acupuncture dans le parcours de soins dépend largement :

  • de la formation des médecins

  • de leur connaissance des indications

  • de leur capacité à orienter les patients

En France, la pratique est encadrée par une formation universitaire spécifique (capacité médicale d’acupuncture), garantissant sécurité et qualité des soins.


Vers une meilleure intégration dans le parcours de soins

Malgré un intérêt croissant, plusieurs défis persistent :

  • accès inégal selon les territoires

  • coût des séances

  • manque d’intégration hospitalière

  • niveau de preuve encore hétérogène selon les indications

Des études cliniques en cours, comme les essais randomisés sur les neuropathies chimio-induites, visent à renforcer le niveau de preuve scientifique et à favoriser une intégration plus large.


Conclusion

Cette étude multicentrique apporte un éclairage précieux sur la place de l’acupuncture en oncologie.

Elle montre que :

  • l’intérêt des patients est réel,

  • les bénéfices perçus existent,

  • mais que l’accès reste limité, principalement par manque d’information et d’intégration dans le système de soins.

Dans une médecine de plus en plus centrée sur la qualité de vie, l’acupuncture pourrait s’imposer comme un outil complémentaire pertinent, à condition de poursuivre les efforts en matière de recherche, de formation et d’organisation des parcours de soins.


Nous adressons nos sincères remerciements à l’auteure principale, le Docteur Fanny Adda (praticienne au Département d’oncologie médicale, groupe hospitalo-universitaire Henri-Mondor et Albert-Chenevier, Assistance publique–Hôpitaux de Paris, université Paris Est Créteil) ainsi qu’à l’ensemble des co-auteurs, dont le Dr Emmanuelle Kempf et le Dr Tâm NHAN pour la qualité de ce travail scientifique.

Par cette publication, ils contribuent à faire rayonner le diplôme universitaire d’acupuncture médicale et à renforcer sa légitimité au sein d’une médecine fondée sur des données scientifiques, au service des patients et de l’amélioration de leur qualité de vie.


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